Réseau Éducation-Médias
AccueilQui sommes-nous ?AdhésionCommanditairesGalerie de pressePour nous contacterEnglish
Enjeux des médias
Ressources en éducation aux médias et à Internet
Pour les enseignants Pour les parents

Actualités
Enjeux des médias
Rapports d'études
Jeux éducatifs
Projets spéciaux
Catalogue des ressources

Documents à imprimer
Plan du site
Aide



Vous avez sélectionné
document(s)
pour imprimer
Réviser la liste

 

Propagande haineuse et liberté d'expression

La frontière est souvent mince entre liberté d’expression et propos haineux. D’ailleurs, la définition de ce qu’il est acceptable ou non d’exprimer et de diffuser varie d’un pays à un autre. Sur Internet, un commentaire haineux affiché légalement dans un pays peut être considéré illégal dans des pays où les critères sont plus stricts.

La propagande haineuse dans un contexte de liberté d’expression

Plusieurs spécialistes sont d’avis que la meilleure réponse à la propagande haineuse n’est pas la criminalisation, mais plutôt la discussion ouverte. Le philosophe Pierre Lévy souligne que:

 

[…] sur le Web, les idées sont exprimées par ceux qui les produisent et les pensent et non par des journalistes obligés de simplifier, de caricaturer par manque de temps ou de compétence ou, pire, soumis à un pouvoir politique autoritaire. Le nouveau médium est donc particulièrement favorable à un dépassement de l’espace public classique.

 

Les débats publics qui ont eu lieu aux débuts d’Internet se sont avérés frustrants pour ceux qui niaient la réalité de l’Holocauste ou tentait d’affirmer l’infériorité de certains groupes ethniques. Le caractère interactif des bavardoirs et autres forums de discussion assurait aux affirmations mensongères des ripostes énergiques. Les propagandistes haineux se sont donc rapidement réfugiés dans des zones moins interactives d’Internet.

 

Ironiquement, la liberté d’expression qui caractérisait les forums de discussion à la fin des années 1980 et au début des années 1990 a incommodé les fournisseurs de services Internet (FSI).

 

Compuserve a été l’un des premiers FSI confronté à un débat vigoureux au sujet de la haine lorsqu’un négationniste a affiché des commentaires racistes durant une discussion en ligne. Le forum en question est rapidement devenu l’un des plus visités de Compuserve.

 

La discussion s’est terminée après la création, par Compuserve, d’une politique d’utilisation acceptable interdisant la publication de commentaires racistes ou offensants. L’adhésion à une telle politique est devenue, depuis, une condition d’utilisation pour la grande majorité des FSI.

 

Les groupes haineux ont appris à se méfier des pièges de la liberté d’expression. Le Canadien Ken McVay, fondateur du projet Nizkor, a vainement tenté, durant plus de dix ans, d’entraîner le révisionniste Ernst Zundel dans une discussion en ligne. Il y voit deux raisons au refus systématique de Zundel de participer à ce genre d’échange :

 

  • Zundel est conscient du caractère mensonger de ses allégations ;

  • Zundel ne tente pas « de s’engager dans des discussions qui mèneraient à une compréhension, mais plutôt de propager son idéologie et de recruter de nouveaux membres ».

McVay conclut que les propagandistes haineux « évitent toute forme d’interaction avec ceux qui ne partagent pas leurs idées. [Et que,] par conséquent, il est impossible de réfuter efficacement leurs mensonges » dans le cadre d’une discussion ouverte.

Les idéologies haineuses dans leurs derniers retranchements : les sites Web et les bavardoirs privés

Le Web est devenu une tribune privilégiée pour les groupes haineux, essentiellement parce qu’il leur permet d’éviter d’interagir avec ceux qui s’opposent à leurs théories. L’Anti-Defamation League mentionne que « les groupes haineux organisés se plaignent du fait que leurs manifestes soient critiqués par des militants pour les droits civils dans les forums de discussion et autres sites interactifs. Alors que, de leur côté, ces groupes haineux peuvent refuser de publier tout message critique sur leurs sites ».

Les sites Web aident ces groupes à identifier d’éventuelles recrues qu’ils attirent dans leur communauté par le biais de bavardoirs ou de courriels privés. Ces communications échappent alors à la vigilance des autorités.

Plusieurs militants suggèrent cependant que la nature publique du Web continue à jouer contre les groupes haineux, car leurs activités peuvent être surveillées et exposées sur la place publique. David Goldman, créateur du défunt site Hatewatch (un des premiers sites d’importance consacré à répertorier les activités des groupes haineux sur Internet), affirme

Dès le début, le désir autoproclamé de ces organisations de créer en ligne une « révolution des Blancs » (White Revolution) a été soigneusement surveillé et documenté par des organismes pour les droits civils, dont Hatewatch. On avait l’habitude de répéter : « Internet est ce qui est arrivé de mieux pour les groupes haineux. » À notre grande joie, il s’est révélé une des pires choses qu’il leur soit arrivée.

Un bilan

La crainte que le caractère non-contrôlé d’Internet fournisse aux groupes haineux un outil de recrutement efficace semble infondée. Selon le Southern Poverty Law Center :

  • le nombre de site haineux sur Internet s’est stabilisé autour de 400 ;
  • on ne dispose d’aucune information prouvant que la présence de ces sites ait conduit à une augmentation du nombre d’adhérents aux groupes haineux.

Les groupes haineux continuent cependant de raffiner leurs stratégies sur Internet.

Un certain nombre de sites encouragent leurs visiteurs à pirater les sites Web anti-haine, en mettant leur serveur hors service ou en replaçant leur contenu par des messages haineux. En 2002, par exemple, un pirate informatique connu sous le pseudonyme de Doctor Nuker s’est introduit sur le site de l’American Israel Public Affairs Committee pour afficher des commentaires antisémites sur la page d’accueil.

D’autres incidents semblables se sont produits, dont celui où un pirate a automatiquement redirigé les visiteurs d’un site du gouvernement allemand vers des pages de propagande nazie.

Un nombre croissant de pays, dont la France et l’Australie, étendent leur juridiction jusqu’au contenu Internet afin de lutter, entre autres, contre la propagande haineuse.

Par exemple, en 2003, un tribunal français a ordonné à Yahoo.com, basé en Californie, de bloquer sur son réseau des enchères d’objets nazis. Même si cette décision est probablement juridiquement inapplicable aux États-Unis, elle a encouragé Yahoo à revoir ses politiques.

Même si de plus en plus de pays cherchent à appliquer leurs lois dans le cyberespace, tout porte à croire que les groupes haineux continueront à tester les limites de la liberté d’expression.

 
 
 
Propagande haineuse et liberté d'expression
 
 
 
 
 

Vue d'ensemble Violence et médias Stéréotypes et médias Propagande haineuse sur Internet Protection de la vie privée
 
Articles sur ce sujet

Internet et la libération de la parole (UNESCO)

Liberté d'expression et Internet (Institut d'Études Politiques de Paris)

Internet et la liberté d'expression (CSQ)

Recommandations
lectures, vidéos, liens

Liberté d'opinion et d'expression (Commission des droits de l’homme)

STROWEL, Alain. « La lutte contre les activités liberticides sur Internet » dans Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ? Groupements liberticides et droit, 2000.

PARÉ, Michèle, Peter DESBARATS et collab. Liberté d’expression et nouvelles technologies, 1998.

 
Consultez le Plan du site pour plus d'informations sur le sujet.

 
Propagande haineuse et liberté d'expression  

En haut

© 2008 Réseau Éducation-Médias