Le dramaturge ojibway Drew Hayden Taylor commente le succès des artistes et écrivains autochtones qui mettent leur culture en valeur à travers le cinéma, la musique, le théâtre, la littérature et le multimédia.
Pendant des milliers d’années, la transmission des idées et de l’information s’est faite uniquement par la parole dans les communautés autochtones. Il n’existait au Canada aucun langage écrit parmi les 53 tribus possédant une langue ou un dialecte distincts. Les peuples autochtones n’en éprouvaient pas le besoin – les conteurs y étaient rois. Comme le dit un ancien, « écrire quelque chose équivaut à demander la permission de l’oublier ».
La réalité est bien différente aujourd’hui. Les satellites, Internet, la télévision, le télécopieur et le téléphone ont catapulté la société autochtone dans l’ère du village global. Un Cri isolé du nord du Québec peut désormais communiquer et partager son style de vie avec une ou des milliers de personnes vivant à l’autre bout du monde. Armé d’une caméra vidéo, il peut interviewer les anciens, enregistrer et conserver pour la postérité les récits et légendes des anciens. Des langues en danger de disparaître peuvent désormais être préservées, étudiées et gardés vivantes.
Malheureusement, il y a toujours un revers à la médaille. La diffusion massive des grands médias est en train de ronger rapidement les fondations culturelles de plusieurs réserves, qui n’arrivent plus à conserver leurs valeurs traditionnelles et leur langue d’origine. Les anciens s’inquiètent de l’influence des messages transmis par les grands médias sur les jeunes. Un sondage mené en 1990 prédit qu’il n’y aura peut-être plus, d’ici 50 ans, que trois langues autochtones encore parlées au Canada : l’ojibway, le cri et l’inuktitut.
Le chef métis Louis Riel a prédit au XIXe siècle : « Mon peuple va s’endormir pour cent ans et ce seront ses artistes qui le réveilleront. » De fait, c’est durant le dernier quart du XXe siècle que les peuples autochtones ont redécouvert et se sont appropriés la puissance du théâtre, de l’écriture, de la musique et du film. Au milieu des années 1980, Rez Sisters, de Tomson Highway, et la fondation par Yves Sioui Durand de la troupe Ondinnok marquent l’entrée du théâtre autochtone sur la scène canadienne. Des écrivains autochtones comme Lee Maracle et Richard Wagamese se taillent une place dans le monde férocement compétitif de l’édition. Des maisons d’édition entièrement autochtones, comme Pemmican Books et Theytus Press, font la démonstration que contrôle des médias et grande diffusion vont de pair. Des séries à succès de la CBC comme Au nord du 60e et The Rez placent Tom Jackson et Tina Keep parmi les personnalités du monde de la télévision.
Heureusement, des chansons « exotiques » comme Halfbreed et Running Bear sont maintenant choses du passé et il appartient désormais aux musiciens autochtones eux-mêmes d’évoquer et de célébrer la vie de leurs communautés. Avec l’appui de la Loi sur le contenu canadien (qui stipule qu’au moins 35 pour cent de la musique diffusée par les stations de radio doit être d’origine canadienne), des chanteurs comme Buffy Sainte-Marie, Susan Aglukark (une Inuit) ou un groupe comme Kashtin, du Nord du Québec, ont été applaudis par la critique et largement adoptés par le grand public. Ils ont ainsi contribué à ouvrir la voie à une nouvelle génération de chanteurs et de musiciens autochtones.
Le cinéma documentaire, en partie grâce au soutient de l’Office national du film, devient le moyen d’expression privilégié de plusieurs autochtones. Parmi ces cinéastes, l'une des plus connue internationalement est sans doute Alanis Obomsawin, à qui l’on doit notamment le film Kanehsatake – 270 ans de résistance, sur la crise d’Oka. La fondation en 1990 du festival Présence autochtone de Montréal permet au cinéma autochtone de profiter d’une couverture médiatique appréciable. Une dernière barrière a sauté quand Atanarjuat : La légende de l’homme rapide, un film du réalisateur inuit Zacharias Kunuk, a remporté la Caméra d’or du meilleur premier film au Festival international de Cannes 2001 et connu un grand succès dans les salles de cinéma partout au Canada.
Finalement, les réseaux de radio autochtones, le Réseau de télévision des peuples autochtones, (présent depuis 1999 dans les stations de base du câble), le site Web inuit de Tapiriit Kanatami contribuent tous à permettre aux peuples autochtones de communier dans leur culture et de se raconter aux autres. Louis Riel serait fier.