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Influence des stéréotypes sur les jeunes

Filles regardant la télévisionDes générations d’enfants nord-américains ont grandi en regardant des films de « cow-boys et d’Indiens » et en lisant Les Aventures de Tom Sawyer ou La Petite Maison dans la prairie. Ces films et romans populaires n’ont fait que renforcer l’idée que les autochtones appartenaient au passé, éternellement occupés à chasser le bison ou à se faire pourchasser par la cavalerie de l’armée américaine, et que le destin les avait placés pour toujours en marge de la « véritable » société. De telles impressions acquises dès le plus jeune âge sont difficiles à effacer.

Les vieux films westerns ont depuis longtemps disparus, mais les médias actuels en continuent la tradition. Par exemple, la nouvelle adaptation du conte Peter Pan, faite par Disney montre toujours des personnages d’Indiens méchants et cruels, habillés seulement d’un pagne et qui ne savent dire que « Ugh ». Ce type de dessin animé propage des stéréotypes aussi forts que les westerns d’antan. On peut dire la même chose de Pocahontas, malgré sa coloration plus politiquement correcte. Comment un enfant peut-il comprendre la distance entre ce genre de stéréotypes et la réalité des communautés autochtones d’aujourd’hui ?

Pire encore, comme le souligne le comédien canadien Gary Farmer, membre de la nation Cayuga, « imaginez ce que ressentent les jeunes autochtones quand ils se voient ainsi constamment caricaturés. Il leur est difficile de développer une image positive d’eux-mêmes. Même le traitement théoriquement positif de Pocahontas leur laissera l’image stéréotypée de la " sauvage sexy ". » Son apparence, par contre, ne risque pas de dépayser le grand public : les traits de son visage sont un amalgame de différentes physionomies non-autochones, dont celle du mannequin vedette, Kate Moss.

Toute personne qui connaît un peu le développement psychologique de l’enfant et de l’adolescent sait que, même avant l’âge de 15 ans, les attitudes, les valeurs et l’estime de soi sont déjà bien ancrées dans la personnalité. Ce que les jeunes voient et entendent dans les médias les aide à déterminer comment fonctionne le monde et l’échelle de valeurs que la société attribue aux choses et aux gens.

S’ils prennent au sérieux le portrait des autochtones que leur font les médias, les enfants grandiront avec une vision tordue de ce que sont les Premières Nations. Les nouvelles leur donneront l’impression qu’elles sont une force négative dans la société. Les films et les séries télévisées leur feront croire qu’il s’agit d’un peuple inférieur (passif, agressif ou constamment ivre), ou tout simplement sans identité, détruit et effacé.

Quand les jeunes autochtones ouvrent le journal ou la télévision, combien de fois y voient-il un reflet fidèle de ce qu’ils vivent ? Jamais ou presque, répond Children Now, un organisme de recherche américain qui a analysé durant l’année 1999 dans quelles circonstances les jeunes autochtones apparaissaient à la télévision, et qui a également organisé des groupes de réflexion avec des enfants d’une vingtaine de tribus. Pire encore, disent les chercheurs de Children Now, les enfants ont appris à associer les attributs positifs aux personnages blancs, les négatifs aux gens de couleur.

Les médias mettent toute leur puissance au service des stéréotypes, dit Susan Swan, une Ojibway de la réserve de Lake Manitoba : « Nous visitons les Premières Nations pour parler des gangs aux jeunes. Si on leur pose la question, les enfants répondent que 95 pour cent des jeunes autochtones font partie de gangs, alors que le chiffre réel n’est que de trois pour cent. Où ont-ils été cherché l’idée d’un chiffre aussi élevé ? À la télévision et dans les journaux. »

La majorité des jeunes raffole des médias populaires. Si l’existence et la valeur d’un individu ne sont pas confirmées par l’inclusion de son groupe d’appartenance dans les nouvelles et les divertissements diffusés par les médias, le message est clair : il appartient à un groupe sans importance. Dans les communautés autochtones, ce phénomène peut contribuer à ce qu’un sociologue autochtone appelle « l’impuissance apprise, l’aliénation et le sentiment de ne pas contrôler sa vie ».

Au Canada, l’éveil d’une nouvelle sensibilité et le soutien donné à la diversité culturelle ont amené quelques changements positifs. De jeunes autochtones apparaissent régulièrement ou sont interviewés dans les émissions de télévision pour enfants diffusées après l’école ; l’Office national du film réalise depuis des années des documentaires sur la vie réelle des Premières Nations ; CBC a produit plusieurs séries de fiction dont l’action se passe dans des communautés autochtones et qui ont remporté beaucoup de succès, et les artistes autochtones vont chercher la reconnaissance du grand public depuis une vingtaine d’années. Tout cela, ajouté à la création de réseaux de télévision et de radio des peuples autochtones, contribue à une vision plus équilibrée et une plus grande variété de points de vue.

Il reste que dans la pratique ces nouvelles voix ne représentent qu’une petite portion des médias consommés par les jeunes d’aujourd’hui. Le téléjournal du soir, les images « indiennes » triviales diffusées par la culture sportive, les produits de l’empire Disney, la mauvaise représentation ou l’absence de représentation dont souffrent les autochtones dans la plupart des grands médias, tout cela continue d’influencer le point de vue des jeunes sur les cultures et les peuples autochtones.

En l’an 2000, deux jeunes canadiennes, la journaliste ojibway Laura J. Milliken et l’artiste saulteaux Jennifer Podemski, ont tenté de contrecarrer la tendance en produisant The Seventh Generation, une série télévisée sur la vie d’autochtones à la réussite exemplaire, médecins, scientifiques, journalistes ou artistes. « Nous voulons que les jeunes autochtones apprennent dans ces histoires à se donner un objectif et à choisir un itinéraire scolaire et professionnel bien pensé, mais surtout à se sentir fiers de ce qu’ils sont et confiants qu’ils font partie intégrante de la jeunesse d’aujourd’hui. »

 
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