L'autorité morale est le plus souvent représentée dans les médias par un homme, d'âge moyen, de race blanche et exerçant une profession libérale. Ce sont les hommes qui dominent dans les tribunes radiophoniques, les quotidiens d'information et les émissions télévisées d'information et d'affaires publiques. Et ce sont surtout des voix d'hommes qu'on entend dans les publicités à la télévision et à la radio.
En 1996, NewsWatch Canada, un organisme indépendant qui étudie la diversité et la rigueur de la couverture de l’actualité par les médias, a étudié l’émission The National, à CBC. Sa recherche a démontré les faits suivants :
- 84 % des sources étaient des hommes (dont seulement 8% étaient membres des minorités visibles) ;
- 89 % des commentateurs étaient des hommes exerçant une profession « prestigieuse ».
Toutes ces voix sont celles, nous dit-on, de spécialistes, et les études nous disent que ces derniers émettent généralement des points de vue conservateurs et favorisent les intérêts des individus, des institutions et des groupes dominants. Peu d'intérêt est accordé aux opinions et expériences des femmes, des gais, des lesbiennes, des minorités visibles ou des classes ouvrières.
En 1998, Denis Monière, professeur au Département de science politique de l'Université de Montréal a évalué la représentation des femmes dans les bulletins de nouvelles télévisées. Il a analysé 83 bulletins de fin de soirée, diffusés entre mars et juin 1998, par trois grandes chaînes de télévision : SRC, TVA et CBC.
Le politicologue tire les conclusions suivantes :
« On sollicite le point de vue des femmes surtout à titre de citoyennes et très peu en tant qu'expertes. Les modèles de réussite sociale ou d'influence dans les domaines de la politique, de l'économie et de la société sont toujours massivement masculins. »
L'étude souligne même une régression de 6 % par rapport aux données de 1988, c'est-à-dire que la visibilité des femmes dans le contenu des bulletins de nouvelles francophones a chuté à 21 %.
Une étude internationale menée dans plus de 70 pays, Who makes the news? (Global media monitoring project 2000), confirme aussi ces faits. Le résultat le plus probant démontre que seulement 18 % des nouvelles présentent des femmes dans la couverture d'un sujet, comparativement à 82 % pour les hommes. De plus, elle sont souvent sous-représentées dans les domaines sportif (9 %), politique (10 %) et scientifique (12 %). Autre fait intéressant, les hommes entre 50 et 64 ans sont 6 fois plus présents dans les médias que les femmes de tout âge et même que les hommes des autres catégories d'âges.
Mais il n'y a pas que le point de vue des femmes qui soit mal représenté, les hommes issus des minorités ou de la classe ouvrière sont aussi marginalisés. On demande l’expertise des hommes qui sont membres d’une minorité visible surtout lorsqu’il s’agit de commenter un problème (le plus souvent la drogue ou les activité criminelles) touchant une communauté ethnoculturelle. Barbara Ehrenreich souligne, par ailleurs, que les émissions d’information et d’affaires publiques ont tendance à présenter les hommes de la classe ouvrière comme des gens stupides, rétrogrades et à la pensée mal structurée.
Pourtant les médias présentent leur information comme « objective ». Toutefois plusieurs pensent que la dominance des hommes dans les médias contribue à faire persister le sexisme, le racisme et les privilèges de classe dans la société. Certains affirment aussi que la couverture des médias renforce l'idée que la réussite appartient à ceux qui correspondent aux standards suivants : être blanc et de sexe masculin.
Les médias de divertissement perpétuent aussi les stéréotypes liés à la classe sociale. Richard Butsch affirme qu’ils exagèrent l'importance, en nombre, des mieux nantis dans la société. De plus, selon Butsch, les médias présentent les hommes de la classe ouvrière comme des individus immatures, irresponsables et nécessitant la supervision de leurs « supérieurs ».