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Représentation des minorités ethniques et visibles dans les nouvelles

Les minorités visibles occupent seulement 4,4 % des rôles d’experts ou d’invités dans les émissions de nouvelles de langue anglaise et 0,7% dans les nouvelles de langue francais.

Source : Groupe de travail sur la diversité culturelle à la télévision, À l’image des canadiens – Pratiques exemplaires pour la diversité culturelle à la télévision privée, juillet 2004


Selon une étude réalisée par Florian Sauvageau et David Pritchard en 2000, la plupart des journalistes ont la conviction que leur rôle est de couvrir l'actualité de manière objective, indépendante et équilibrée. Au quotidien, cependant, l'idéal journalistique semble rarement atteint. Plusieurs études révèlent en effet que la couverture médiatique des minorités ethniques et visibles est insuffisante et stéréotypée.

En 1991, dans une étude marquante sur les médias canadiens, Charles Ungerleider, professeur de sociologie à l'Université de la Colombie-Britannique, a voulu comprendre les raisons de ce fossé entre l'idéal d'objectivité du journalisme et l'image généralement déformée des minorités dans les médias. Il affirme que le journalisme est avant tout l'art de raconter une bonne histoire et consiste en bonne partie à mettre en scène des bons, des méchants et des victimes.

En ignorant les minorités ethniques ou en leur attribuant le rôle des méchants, les journalistes nous enseignent implicitement qui est important dans notre société, à qui nous pouvons nous fier et de qui nous devons nous méfier. À force d'être répétées dans les médias, ces histoires deviennent « des vérités acceptées par tous ceux pour qui une autre interprétation n'est pas évidente ».

Le code de couleurs dans les nouvelles

En réalité, les immigrants enfreignent moins souvent la loi que leurs concitoyens nés au Canada. Une recherche fédérale sur les crimes graves commis en 1989 et 1991 a montré que, proportionnellement à leur importance dans la population, les citoyens nés hors du Canada étaient « remarquablement sous-représentés » dans les prisons canadiennes. (De plus, selon Statistique Canada, ils ont souvent un plus haut niveau de scolarité et de stabilité sociale.) Cela ne les empêche pas de continuer à être sur-représentés dans les reportages canadiens et américains touchant au crime.

Des 16 000 nouvelles diffusées en soirée par les grands réseaux américains ABS, CBS, CNN et NBC en 2002, seulement 0,75 % parlent des Latinos ou de questions les concernant. Et, quand elles le font, c'est 64% du temps pour parler de criminalité, de terrorisme ou d’immigration illégale.

Source  : National Association of Hispanic Journalists, Network Brownout 2003: The Portrayal of Latinos in Network Television News, 2002

En 1997, Frances Henry, de l'University York, a examiné durant quatre mois les articles des trois plus grands journaux de Toronto. Elle a découvert que 54 pour cent des articles du Toronto Sun contenant le mot « Jamaïcain » relataient des activités criminelles. De la même façon, 46 pour cent des reportages sur les trafics de drogue, parus dans les trois journaux, faisaient référence à des « mafias » vietnamiennes ou extrême-orientales.

Certains universitaires sont convaincus que ce type de reportage peut avoir un impact sur les politiques sociales. En 2000, dans une étude intitulée Discours raciste dans la presse écrite d'expression anglaise au Canada, Frances Henry et Carol Tator concluaient que la presse crée un état de « panique morale », en présentant « des incidents de violence isolés comme le signe d'une profonde crise sociale mettant la nation en danger ».

L'association des minorités avec la criminalité est loin de constituer la seule façon dont celles-ci sont stéréotypées. Selon le Canadian Nation of Immigrants Project, on retrouve la même sur-représentation des immigrants dans les articles de journaux qui portent sur le monde du sport ou du spectacle, mais une sous-représentation manifeste en ce qui concerne la politique et les affaires.

Par ailleurs, les hommes blancs font figure d'autorité dans la plupart des médias populaires, alors que l'expertise des membres des minorités est marginalisée. Environ 90 % des experts interrogés dans les reportages de nouvelles américains sont blancs et les rares fois où l'on fait appel à des experts issus des minorités, c'est pour leur demander leur opinion sur des questions concernant les communautés culturelles, notamment les problèmes de drogue ou les activités criminelles.

Couverture médiatique : le point de vue des minorités

Les études montrent que les Blancs canadiens ont tendance à considérer comme juste et à peu près équitable la couverture que les médias font des minorités. Les minorités ont cependant une perception très différente.

En 1995, l'Association canadienne des journaux a mené une enquête auprès de lecteurs issus des minorités. L'étude a révélé que les membres des minorités ethniques et visibles avaient « une vision positive du Canada et de leurs propres communautés » et « un grand sens patriotique ». Par contre, ils pensaient pour la plupart que les journaux canadiens les traitaient comme des étrangers, associaient injustement crime, race et religion et ne donnaient pas une couverture équilibrée de leurs communautés.

C'est aussi l'avis du journaliste canadien Haroon Siddiqui : 

L'immigration, l'intégration, l'égalité d'accès au travail et aux services sociaux, les relations interraciales, le multiculturalisme, la compréhension entre cultures et la double identité sont autant de questions qui intéressent les minorités, comme la plupart des autres Canadiens d'ailleurs, mais les médias ne leur accordent que peu d'importance. Et quand ils en traitent, c'est souvent comme on le faisait il y a 50 ans, de manière hostile, primaire, ou les deux à la fois.

Présence des minorités dans les salles de nouvelles et politique d'emploi

L'Association canadienne des journaux a entrepris en 1993 de mesurer la diversité ethnique et raciale au sein de l'industrie. Elle a donc envoyé des questionnaires à 82 des plus importants journaux au pays. Les 41 qui ont répondu employaient au total 2 620 journalistes, réviseurs, photographes, illustrateurs et superviseurs. De ce nombre, seulement 67 étaient membres de minorités ethniques ou raciales. Plus de la moitié des journaux concernés ne considéraient pas l'augmentation du nombre de journalistes non-blancs comme une priorité immédiate et « le respect de la diversité dans la couverture des événements comme dans les politiques d'emploi » figurait presque en bas de liste des préoccupations de leurs éditeurs.

Sept ans plus tard, une enquête menée par Florian Sauvageau et David Pritchard, a révélé que 97,7 % des journalistes canadiens, tous médias confondus, étaient blancs. La faible progression du dossier de l'équité dans les médias serait ainsi en partie attribuable à un manque d'intérêt de la part des journaux et diffuseurs. Un rapport du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) publié en 1993 et intitulé Les médias québécois et les communautés ethnoculturelles montre que les réseaux de télévision se préoccupent peu d'équité, et ce même si la Loi sur l'équité en matière d'emploi les y oblige. Malgré le fait qu'ils « reconnaissent que leur main-d'oeuvre interne ne reflète pas la diversité actuelle de la métropole » les grands réseaux de télévision québécois, hormis la Société Radio-Canada, ne possèdent aucun programme d'équité en emploi.

Selon cette même étude, la rareté des journalistes issus des minorités ethniques ne signifie pas que les dirigeants des réseaux de télévision et de quotidiens sont racistes. Cela montre cependant qu'il existe des barrières institutionnelles parfois inconscientes et automatiques qui empêchent une meilleure représentation des minorités au sein de l'industrie. Selon le CRARR, les patrons « veulent travailler avec des gens qui leur ressemblent culturellement et qui pensent de la même façon » ce qui exclu souvent les journalistes issus de minorités ethniques. L'absence de discussions sérieuses sur le racisme au Canada et la ghettoïsation des journalistes issus des minorités constituent d'autres barrières.

Les salles de nouvelles américaines n'ont pas été plus rapides à faire de la diversité culturelle une de leurs priorités. D’après une enquête de L’American Society of Newspaper Editors (ASNE) réalisée en 2004, les minorités visibles ne représentaient encore que 12,94 % du personnel des salles de nouvelles, alors que leur proportion est de 31,7 % dans la population américaine en général. Vingt six ans après que l’organisme se soit engagé à promouvoir la diversité, 88 pour cent du personnel des salles de nouvelles était toujours Blanc. D'ailleurs, selon le Center for Media and Public Affairs, en 2001, 88 % des nouvelles diffusées par ABC, CBS et NBC dans les bulletins de soirée étaient rapportées par des Blancs.

Pour la promotion d'un personnel multiculturel

Au Canada, depuis 1990, le gouvernement, les écoles de journalisme et les associations professionnelles se sont concertés et ont entrepris des actions pour améliorer le nombre de journalistes issus des minorités. La Société Radio-Canada a instauré une « politique d'intégration comportant des programmes d'insertion et de sensibilisation » qui a permis d'élever à 5 % le nombre des employés membres de minorités visibles et à 1,2 % la proportion des employés autochtones pour l'an 2002. Des progrès qui sont toutefois loin de l'objectif d'une représentation équitable puisque ces groupes représentent 16,7 % de la population. On a constaté également des gains dans les salles de nouvelles des autres réseaux canadiens, sans qu'il n'existe cependant de données officielles.

Plusieurs organisations comme l'Association canadienne des journaux ou l'Association canadienne des radiodiffuseurs se sont engagées à promouvoir une plus grande diversité culturelle dans leurs rangs. Et des progrès ont été accomplis.

Cependant, comme le souligne l'éditeur Nicolas Hirst, le problème n'est pas simple. Quand son journal, le Winnipeg Free Press, a fondé une bourse d'études en journalisme pour les étudiants autochtones ou issus de minorités ethniques au Red River College, aucun candidat ne s'est présenté. On a fait savoir à Hirst que les étudiants « ne désiraient pas entrer dans une compétition où ils ne seraient choisis que parce qu'ils faisaient partie de minorités visibles ».

L'industrie ne pourra s'assurer d'une diversité suffisante dans son personnel qu'en réexaminant constamment ses propres préjugés et en faisant des efforts concrets et constants pour s'ouvrir à la diversité.

 
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