Auteure : Jane Tallim, Réseau Éducation-Médias
Année scolaire : 3e à 5e secondaire
Durée : 2 à 4 heures (réparties sur plusieurs jours)
Sujet : Stratégies pour identifier les contenus haineux sur Internet
Aperçu
Vous pouvez imprimer l’activité et les documents d’accompagnement réunis dans un fichier PDF.
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Cette activité est conçue pour faire découvrir aux élèves les diverses méthodes utilisées pour propager la haine sur Internet. On leur demande d’abord d’examiner et de classer cinq exemples de pages Web selon la « gravité des propos », qui va de la « simple plaisanterie » à la propagande haineuse proprement dite. Puis une discussion en classe porte sur la manière dont l’humour au dépens des autres, actuellement à la mode, peut contribuer à la perpétuation des stéréotypes et à la discrimination envers les « Autres ». On y aborde ensuite les raisons pour lesquelles les groupes haineux voient dans Internet le média idéal pour faire passer leurs idées et recruter des adhérents, mais aussi comment la même technologie permet aux organisations antiracistes d’exposer publiquement le vrai visage de la haine. On demande enfin aux élèves d’effectuer, comme devoir à la maison, une recherche dans la section « Propagande haineuse sur Internet » du site Web du Réseau pour déterminer quels types de propos haineux tombent sous le coup des lois canadiennes et pour se familiariser avec les organisations auprès desquelles ils peuvent dénoncer des contenus haineux qui se retrouvent sur Internet.Objectifs visés
Permettre aux élèves de :
- prendre conscience des différentes manières dont la haine peut être propagée en ligne ;
- comprendre que tout message qui diminue ou insulte un groupe particulier d’individus – même « pour rire » – a un pouvoir aliénant et contribue à renforcer les stéréotypes négatifs ;
- constater à quel point Internet a changé les anciennes techniques de propagation haineuse ;
- comprendre que le caractère multimédia d’Internet en fait un véhicule idéal pour propager la haine, mais aussi pour lutter contre elle ;
- savoir quels types de propagande haineuse, en particulier sur Internet, tombent sous le coup des lois canadiennes ;
- se familiariser avec les organismes canadiens qu’ils peuvent contacter quand ils rencontrent des propos haineux en ligne.
Préparation/documents
Pour une bonne information de base, consultez la section du site du Réseau intitulée « Propagande haineuse sur Internet ».
- Photocopiez le document « Gravité des propos ».
- Donnez aux élèves accès à des ordinateurs connectés à Internet (si les activités pédagogiques ont lieu en classe durant les heures normales de cours).
Déroulement suggéré
Discussion en classe
Durant cette activité, nous allons examiner les différentes apparences que peut prendre la propagande haineuse en ligne.
J’aimerais d’abord que vous me disiez ce que l’expression « propagande haineuse » évoque dans votre esprit ? Pouvez-vous m’en donner quelques exemples ? (Demandez à un élève de les inscrire au fur et à mesure au tableau.)
- Êtes-vous personnellement déjà tombé sur des propos ou contenus haineux en ligne ? (Selon un sondage du Réseau réalisé en 2001, c’est le cas de 2 élèves sur 10.)
- Sous quelle forme ? (Insultes sur un bavardoir ou une messagerie instantanée ? Remarques désobligeantes présentées comme de l’humour ? Courriels ? Sites Web s’en prenant à une catégorie particulière de personnes ?)
- Quelle impression cela vous a-t-il laissée ?
- Comment avez-vous réagi ? (Toujours selon le sondage du Réseau, seulement 4 pour cent des élèves confrontés à des propos haineux en parlent à un adulte.)
Il y a un peu de tout sur Internet : parmi les propos qui souvent rabaissent groupes ou individus, la gravité des propos va de l’humour inoffensif aux plaisanteries de mauvais goût jusqu’à la propagande véritablement haineuse. (Tirez une ligne au tableau et inscrivez « Humour inoffensif » à une extrémité, « Contenus haineux » à l’autre.)
Examinez maintenant les exemples suivants et dites-moi où vous les placeriez sur notre échelle, et pourquoi. (Selon l’âge et la maturité des élèves, montrez-leur des copies sur acétate des pages Web choisies ou contentez-vous de leur en décrire le contenu.) Donnez-leur le temps de discuter ensemble de chaque site et de déterminer où se situent les limites entre le politiquement incorrect relativement inoffensif, les propos offensants pour certains, qui ne sont cependant ni illégaux ni haineux, et la propagande haineuse proprement dite.
Photocopies ou acétates
Exemple 1 Les visiteurs de ce site peuvent y afficher anonymement la photo de personnes qu’ils trouvent particulièrement laides, sans leur permission bien sûr. Où placeriez-vous cette page Web sur notre échelle de gravité ?
Exemple 2 Ce site affiche des « blagues » et des propos haineux à l’endroit des Arabes et d’autres ethnies.
Exemple 3 Ce site néonazi présente entre autres Adolf Hitler comme un héros.
Exemple 4 L’anonymat d’Internet encourage certaines personnes à proférer des insultes qu’elles n’oseraient jamais exprimer à haute voix dans la vie réelle. Ce site, soi-disant humoristique, permet aux visiteurs d’échanger des messages qui peuvent rapidement dégénérer en propos haineux. Ainsi, à en croire cette page Web, la pire insulte envers quelqu’un est de le traiter de « gai ».
Exemple 5 Dans ce jeu, l’objectif est de défendre la race blanche en tuant tous les gens de couleur et les juifs.
Doit-on se préoccuper ou non des contenus Web et de l’humour en ligne qui se situent à l’extrémité la plus inoffensive de notre échelle de gravité ? Pourquoi ?
Le point important à souligner est que tous les exemples illustrés ici renforcent des stéréotypes qui « nous » séparent des « autres ». Et, même pris individuellement, ce renforcement des stéréotypes, à travers les médias, l’entourage ou la famille, a le pouvoir de perpétuer les préjugés à l’égard de certains groupes d’individus et de les transformer en « réalités ».
Le thème commun à toutes les idéologies haineuses est de présenter un ou plusieurs groupes d’individus comme intrinsèquement inférieurs. La dévalorisation de « l’Autre » est un archétype commun à toutes les cultures, une manière de se protéger contre la peur et le changement en renforçant la supériorité de son propre groupe. Violence et destruction sont plus faciles à justifier si la victime est présentée comme un être inférieur, ou même comme n’appartenant pas vraiment à l’espèce humaine. (Deux exemples classiques : le traitement des esclaves noirs aux États-Unis et celui des juifs en Allemagne avant et durant la Deuxième Guerre mondiale.)
La haine et la transformation de « l’Autre » en bouc émissaire se retrouvent dans toute l’histoire de l’humanité, mais l’arrivée d’Internet a procuré de nouveaux outils et techniques à la propagande haineuse.
- En quoi Internet facilite-t-il la diffusion des propos haineux ?
(Comparé aux anciennes méthodes de production et de distribution de pamphlets dans les cours d’école et les boîtes aux lettres, Internet est beaucoup moins compliqué et coûteux d’emploi. Il permet aux groupes haineux de rejoindre des millions de personnes de tous âges à travers le monde et de créer facilement des réseaux d’individus partageant la même idéologie. Il les aide également à entrer en contact avec les jeunes, sans alerter les parents, en leur proposant musique, jeux ou babillards en ligne. Ses capacités multimédias et sa technologie avancée permettent également de créer des sites Web à l’apparence sophistiquée et professionnelle. Enfin, il s’agit d’un média sans frontières : un pays peut difficilement imposer le respect de ses lois à des sites Web basés sur des serveurs à l’étranger. Le cas d’Ernst Zundel, qui a déménagé son site révisionniste aux États-Unis après avoir été condamné au Canada, en est un bel exemple.)
- En quoi Internet peut-il aussi jouer en défaveur des groupes haineux ?
(En affichant publiquement sur Internet des idées et opinions qui circulaient autrefois clandestinement, les groupes haineux s’exposent à un examen plus rigoureux de leurs idéologies. Ils s’appuient souvent sur une désinformation, facilement et publiquement mise en cause par d’autres sites Web. Autrement dit, si vous faites une recherche sur une organisation de propagande haineuse, vous trouverez aussi bien des sites qui la défendent que des sites qui la combattent. Les groupes haineux facilitent ainsi la lutte que mènent contre eux les organismes antiracistes, les autorités policières et les gouvernements, et permettent aux éducateurs de mettre plus facilement en évidence les préjugés et sophismes qui alimentent leurs idéologies. Enfin, la même technologie qui favorise la création de réseaux d’organisations haineuses permet à leurs adversaires de se reconnaître et de s’unir.)
Activité complémentaire 1
Même si les propos racistes et haineux sont considérés comme offensants par la très grande majorité des Canadiens, ils ne tombent pas pour autant tous sous le coup de la loi.
Demandez aux élèves de consulter le document « Propagande haineuse et législation » sur le site du Réseau Éducation-Médias, à http://www.education-medias.ca/francais/enjeux/haine_sur_internet/haine_crime.cfm, et de prendre note dans leur cahier des types de discours et de propagande haineuse sur Internet sanctionnés par le Code criminel du Canada, la Loi canadienne des droits de la personne, la Loi sur la radiodiffusion et la Loi sur l’immigration.
Demandez-leur également de consulter le document « Réagir face à la haine sur Internet », à http://www.education-medias.ca/francais/enjeux/haine_sur_internet/reagir_haine.cfm, et de prendre note des organismes auprès desquels ils peuvent dénoncer des propos haineux trouvés sur Internet.
Finalement, discutez en classe des réponses des élèves.