En 1993, deux études menées à l'Université polytechnique de Ryerson par le professeur John Miller et l'étudiante diplômée Kimberly Prince ont abouti à quelques tristes conclusions en ce qui a trait à la diversité culturelle dans les journaux canadiens.
Personnel de la salle de nouvelles
Les 41 salles de nouvelles de quotidiens canadiens ayant répondu au sondage employaient quelque 2 620 journalistes professionnels (superviseurs, journalistes, photographes, artistes et copistes). Seulement 67 n'étaient pas de race blanche, ce qui représente une proportion de 2,6 %, soit cinq fois moindre que le pourcentage de minorités visibles au sein de la population canadienne.
On ne comptait que quatre journalistes autochtones et 16 Noirs dans ces salles de nouvelles.
Personne ne semble considérer que ces statistiques démontrent un problème. 93 % des rédacteurs en chef croient que le climat prévalant dans leur salle de nouvelles ne décourage ni l'embauche ni la promotion des personnes qui ne sont pas de race blanche. Malgré tout, seulement 11 % des journaux disent être très engagés dans l'embauche des minorités. L'un de ces journaux avance « la réaction des blancs » comme excuse pour ne pas en faire davantage.
La couverture médiatique
Si vous lisez le plus important quotidien de chacune des cinq villes les plus peuplées du Canada, vous aurez rapidement l'impression suivante des minorités : la moitié de celles-ci sont constituées d'athlètes ou d'artistes. Si elles sont ailleurs dans le journal, c'est qu'elles ont probablement des problèmes. Très peu apportent une contribution au monde des affaires ou mènent un style de vie digne d'être raconté.
Les minorités apparaissaient sur 420 des 2 141 photographies publiées à l'intérieur des éditions de The Vancouver Sun, The Calgary Herald, The Winnipeg Free Press, The Toronto Star, The Toronto Sun et The Montreal Gazette au cours d'une semaine choisie aléatoirement. Seulement 6 % de ces photographies ont été publiées dans la section Styles de vie et seulement 3 % dans la section Affaires. 36 % de ces photos mettaient en vedette des athlètes.
Seulement 14 % des 895 nouvelles locales qui ont été publiées dans ces journaux parlaient de minorités ou étaient reliées à des questions touchant directement les minorités. Ces statistiques sont bien inférieures aux 20 % de la population combinée des minorités visibles peuplant ces cinq villes. Les minorités sont plus souvent décrites négativement (49 %) que positivement (42 %).
La diversité des nouvelles locales
Dans cette étude, une nouvelle était considérée positive si elle traitait d'une personne de couleur accomplissant quelque chose, ou si elle avait un angle qui tendait à représenter le point de vue d'une minorité. Cette classification incluerait par exemple un article du 25 septembre 1996 du Toronto Star au sujet du prix cinématographique remporté par la cinéaste autochtone Alanis Obamsawin et également un article du Vancouver Sun, publié la même journée, au sujet d'une Canadienne d'origine asiatique qui entame une poursuite pour atteinte aux droits de la personne contre une école privée n'ayant pas accepté son fils.
L'étude a révélé de grandes disparités dans le ton utilisé par ces journaux dans la couverture médiatique de personnes qui ne sont pas de race blanche.
- L'écart dans le Calgary Herald était de 75 % à teneur négative contre 19 % à teneur positive.
- Dans le Toronto Sun était de 61 % des articles étaient à teneur négative contre 21 % à teneur positive.
- The Montreal Gazette a écrit de façon positive au sujet des minorités dans 72 % des cas et de façon négative dans 17 % des cas.
- La couverture du Toronto Star et du Winnipeg Free Press était plus équilibrée.
L'étude de Ryerson incite à penser que les journaux canadiens pourraient profiter des politiques adoptées par de grands journaux américains afin de promouvoir la diversité dans la couverture médiatique quotidienne. À titre d'exemple, un aide mémoire pour mieux couvrir les minorités culturelles utilisé par tout le personnel des nouvelles de The Seattle Times recommandent que les journalistes et rédacteurs se demandent :
- Est-ce que j'ai recherché des sources diverses pour cet article ?
- Est-ce que je tombe dans le « symbolisme » en permettant à une personne de minorité visible de parler au nom de sa communauté ?
- Est-ce que je favorise ou est-ce que je combats les stéréotypes ?
La conclusion de l'étude était la suivante :
« Le changement ne peut se produire sans engagement du sommet de la hiérarchie. Jusqu'ici, la plupart des éditeurs canadiens ne semblent pas vouloir prendre cet engagement. »
Est-ce que la situation s'est améliorée ?