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Par Doug Atkinson, le 6 mai 1997
Hier soir, je suis allé voir le film Sept. Le fait que je suis allé voir un film est banal. Je travaille dans le milieu. C'est mon emploi. De fait, Sept était le troisième film que je visionnais en autant de soirs.
C'était révoltant.
Oh ! Le film lui-même était assez brillant. Ironiquement, c'est pour cette raison qu'a surgi en moi un sentiment de révulsion : le film est à toutes fins pratiques un chef-d'oeuvre dans le genre film noir d'horreur. On sent bien l'excentricité et la sûreté de la direction de David Fisher et les scènes de poursuite ont été habilement montées, parmi les plus époustouflantes que j'ai vues. Le jeu de Morgan Freeman est solide, Brad Pitt était colérique et d'humeur noire, Kevin Spacey était à glacer le sang et les acteurs de soutien... ont soutenu de manière efficace.
Mais en fin de compte, toute cette habileté, tout cet art, toute cette excellence n'a eu pour effet que de multiplier exponentiellement l'impact. Le monde grotesque brun-noir de Sept évolue vers un hommage sordide voué aux excès macabres et excessifs de la théologie de la torture médiévale.
La brutalité incessante ainsi que le sadisme macabre, poignant et pullulant, doublés d'une thématique de vengeance cruelle et d'un message pas si subtil sur le déclin massif de notre civilisation, c'est-à-dire qu'un individu ne peut rien y faire, que le mal règne partout et domine sans opposition sur un monde las et cynique, se sont combinés pour me frapper avec une force abrutissante.
Je crois avoir à peu près tout vu du cinéma de masse et je suis fier de ma résistance devant la puissance d'un film. Néanmoins, je me suis battu contre l'envie presque trop forte de quitter la salle et ce, à plus d'une reprise. Le film était toutefois trop brillant et l'intrigue trop bien tissée pour que je me décide à l'abandonner. J'espérais, d'un espoir vain, qu'un film si bien réalisé, si soigneusement écrit, si ingénieux offrirait un dénouement inimaginable et unique, quelque chose qui pourrait possiblement justifier ces atrocités sanglantes. Mais comme le personnage du lieutenant Sommerset, joué par Morgan Freeman, l'avait prédit : Il n'y aura pas de fin heureuse à tout ceci.
Malgré tout, je suis demeuré assis jusqu'à la fin, combattant sans cesse mon instinct qui me recommandait de fuir en espérant une rédemption quelconque. Elle n'est jamais venue. Il est devenu évident que l'éclat des artisans de ce film n'était employé que pour imaginer des formes inventives, mais tout à fait horribles de tourments. Dès le début du générique de la fin, je me suis levé et mes genoux ont fléchi.
Je l'ai dit, Sept était révoltant.
Et alors ? C'était révoltant parce que c'était supposé être révoltant. Le film a été soigneusement tourné pour cette seule raison. Je ne saurais dire s'il s'agissait d'un éditorial sur la société ou si les producteurs se sont simplement inspirés des instincts humains les plus bas dans un but purement lucratif.
Ne vous méprenez pas. Je n'ai pas l'intention de transformer ce texte en une tirade dirigée vers une société qui a élevé l'atrocité d'un forage de la boîte crânienne à l'aide d'un perceuse au rang de divertissement. Cet article ne condamne pas une culture qui a fait de ce traité de la torture un succès aux guichets. Je suis opposé à la censure sous toutes ses formes et je ne me préoccupe pas de savoir si les adultes seront choqués, ébahis ou dégoûtés par un certain film. Je ne m'intéresse pas de savoir s'ils sortent des salles de cinéma en courant et en vomissant. Il s'agit après tout du prix que nous devons payer pour notre liberté d'expression. Il s'agit de tout autre chose.
Source : Ce texte est tiré d'une lettre de Doug Atkinson au Ontario Film Review Board. Reproduit avec permission. Doug Atkinson est le co-auteur d'une chronique sur la vidéo dans le magazine pour parents Sesame Street et du livre Videos for Kids: The Essential, Indispensable Parent's Guide to Children's Movies on Video (Prima Publishing, 1995). Il est également le cofondateur de The Original Kids Video Company, 40 Scollard St., Toronto.
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