À un moment ou à un autre, tout un chacun s'est déjà plaint des préjugés dans les nouvelles. En dépit de l'idéal journalistique qui clame l'objectivité des travailleurs de l'information, chaque nouvelle est influencée par les attitudes et le passé des interviewers, des scénaristes, des photographes et rédacteurs en chef.
Tous les préjugés ne sont pas intentionnels. Cependant, nous pouvons devenir des lecteurs ou des téléspectateurs mieux avertis si nous sommes capables de repérer les techniques journalistiques suivantes, qui laissent sournoisement s'infiltrer des préjugés dans les nouvelles.
1. Préjugés via la sélection et l'omission de faits
Un rédacteur en chef peut exprimer un préjugé en choisissant d'utiliser ou non divers éléments se rapportant à la nouvelle. Dans la rédaction d'une nouvelle, certains détails peuvent être ignorés ou d'autres inclus pour donner ainsi au lecteur ou au téléspectateur une opinion différente sur les événements rapportés. Si, pendant un discours, quelques personnes huent l'orateur, le journaliste pourra dire ou écrire que tel ou tel passage du discours « a été accueilli par des huées » ou encore on peut omettre cet incident car il s'agissait simplement, selon le journaliste, « d'une poignée de dissidents ».
Les préjugés dus à des omissions sont difficiles à détecter. C'est seulement en comparant la même nouvelle rapportée par d'autres sources d'information que cette forme de préjugé peut être observée.
2. Préjugés via la disposition et l'emplacement d'une nouvelle
Les lecteurs d'un journal estiment que les informations paraissant à la une sont plus importantes que celles publiées dans les autres pages. Lors de la retransmission des nouvelles, la télévision et la radio diffusent les nouvelles les plus importantes en premier, en gardant les autres pour plus tard pendant le bulletin. L'emplacement d'une nouvelle dans un journal ou dans un bulletin télévisé ou radiophonique influence l'opinion du lecteur ou du téléspectateur quant à l'importance qu'il convient de lui accorder.
3. Préjugés via les gros titres
Plusieurs personnes ne lisent que les gros titres. Dans un journal, la majorité des gens ne parcourent que les titres. Les gros titres sont la partie la plus lue d'un journal. Ils peuvent tout autant résumer un article que révéler un préjugé ou un parti pris. Ils peuvent évoquer une vive émotion alors qu'en fait la réalité est toute autre. Ils peuvent exprimer l'approbation comme la condamnation.
4. Préjugés via les photos, les bas de vignette et les angles de prise de vues
Certaines photos peuvent flatter une personne, alors que d'autres donnent de cette même personne une image déplaisante. Un article peut être accompagné de photos dans le but d'influencer l'opinion du lecteur. C'est le cas, par exemple, d'une photo présentant un candidat à une élection. À la télévision, le choix des images diffusées est extrêmement important. Les bas de vignette sous les photos peuvent être également porteurs de préjugés et causes de préjudices.
5. Préjugés via les noms et les titres
Les médias, dans la diffusion de leurs nouvelles, usent souvent d'étiquettes et de titres pour décrire les gens, les lieux et les événements. Une personne peut être qualifiée « d'ex-condamnée » ou être considérée comme quelqu'un qui a « déjà payé vingt ans auparavant pour une offense mineure ». Dans un autre cas, une personne peut se voir accoler l'étiquette de « terroriste » ou plutôt se faire appeler « combattant pour la liberté ». Dans un cas comme dans l'autre, on constate la position éditoriale.
6. Préjugés via les statistiques et le décompte d'une foule
Pour rendre un désastre plus spectaculaire (et par le fait même attirer plus de lecteurs et, donc, faire plus d'argent), rien de plus facile que de jouer avec les chiffres et de les gonfler ! « Une centaine de blessés dans l'écrasement d'un avion » n'est en fait, dans un autre journal, que « quelques blessures mineures dans l'écrasement d'un avion » ; deux titres pour un même événement et l'on voit bien ainsi l'opinion de la personne qui s'est chargée de relever les chiffres de l'accident.
7. Préjugés via le contrôle des sources
Pour détecter les préjugés ou les partis pris, il faut toujours considérer la provenance de la source d'une nouvelle. L'information est-elle fournie par un reporter, un témoin, des officiers de police, des pompiers, des cadres, des élus gouvernementaux ? Chacun peut avoir ses raisons pour dévoiler aux médias une information. Les dirigeants de sociétés et leurs directeurs des communications fournissent des nouvelles via des communiqués, des photos ou des vidéos. La diffusion de nouvelles dépend souvent de pseudo-événements (manifestations, sit-in, discours ou cérémonies) qui prennent largement leur place dans la couverture des nouvelles.
8. Le choix des mots
Semblable au même type de parti pris pouvant apparaître dans les gros titres, l'utilisation de mots positifs ou négatifs avec une connotation particulière peut grandement influencer le lecteur ou le téléspectateur.
Source : Extrait de Newskit: A Consumer's Guide to News Media, publié par The Learning Seed Co. Reproduit avec permission.