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TEXTE D'OPINION


Téléromans, noir et blanc

Par Paule Des Rivières

Ça commence à devenir indécent. L'absence de comédiens issus des communautés culturelles de diverses origines à la télé soulève l'indignation de plusieurs personnes. Les télédiffuseurs tentent de s'ajuster, timidement.

« Je trouve ça très villageois les téléromans. Ça touche l'élément québécois pure laine. Les Québécois ont un problème d'identité à régler et quand ils ne voient que cela, ils se ferment. » L'intervention appartient à un homme d'origine slave au Québec depuis plusieurs années, qui n'a décidément pas encore contracté la piqûre des téléromans.

Ils étaient plus de 100 personnes entassées mercredi dernier au Centre Saint-Pierre, à Montréal, a se demander si la télévision, plus précisement le téléroman. Le genre québécois par excellence, faisait une place aux communautés culturelles au delà de « l'ethnique de service ». La salle adresse ses questions a quatre invités, Danielle Bélanger, professeure à l'UQAM, Mireille Metillus, actrice haïtienne, Luc Dionne, scénariste d'Omerta et Guy Fournier, auteur d'une longue liste de téléromans dont Les héritiers Duval.

Pour sa part, fidèle a sa réputation de provocateur, M. Fournier a lancé que le statut même de minorité engendre l'insatisfaction et la susceptibilité. « Je ne connais pas une minorité qui soit satisfaite de l'image que l'on projette d'elle. »

Peut-être. Mais cela n'a pas empêché un éducateur, Pierre Saint-Sauveur de relever que si le personnage de Guillaume des Héritiers Duval n'avait pas été délinquant, il ne serait jamais sorti avec une Noire. M. Fournier, rarement a court de répartie, est resté bouche bée. « Je ne me suis jamais posé la question. C'est peut-être inconscient. » Comme s'il fallait avoir bien des problèmes pour en être réduit a fréquenter une Noire.

On le voit au delà du nombre de comédiens issus des communautés ethniques, les stéréotypes peuvent être pernicieux. Et la question est complexe comme le rappelait la comédienne Mireille Métellus qui revendique le droit de jouer un rôle sans avoir a être la porte-parole de service. Elle sait de quoi elle parle de nombreuses femmes haïtiennes lui ont exprimé leur déception de la voir jouer un rôle de cardiologue si peu collé à la femme haïtienne.

Pour d'autres intervenants, c'est tout simplement « le taux de drame excessif » des téléromans et de la télé en général qui est imbuvable.

Jean-Claude Leclerc, professeur de journalisme, estime plutôt que la télé ne traite pas assez des vrais drames historiques qui ont marqué l'histoire du Québec, notamment du choc entre les Européens et les autochtones ou entre les Anglais et les Français, souvent abordés à travers des mythes qui ne résisteraient pas à l'analyse.

À son avis, les scénaristes devraient troquer les tavernes pour les bibliothèques. En bref, les Québécois francophones doivent résoudre les équations de leur passe pour se libérer des blocages qui les empêchent de s'ouvrir aux communautés culturelles.

« La dynamique intercommunautaire est mal lancée parce que nous n'avons pas résolu la dynamique issue de notre propre passé », résume-t-il. Comme si une méfiance historique remontant à l'époque ou l'immigration était une politique impériale pour noyer les Canadiens français guidait les rapports avec les communautés d'autres culturelles, même de manière inconsciente.

Cette dynamique de méfiance explique pourquoi, selon Jean-Claude Leclerc, Radio-Canada n'était pas prête pendant longtemps à partager l'institution avec d'autres.

Le directeur des dramatiques à Radio-Canada, Jean Salvy, est plus terre-à-terre. Fréquemment, dit-il ses efforts pour dénicher des comédiens issus de diverses communautés sont vains. À preuve, ce premier rôle de la série Le Pollock, sur la communauté polonaise, qui sera présentée l'année prochaine. Eh bien, il a fallu se rendre en Pologne pour trouver le premier rôle.

En revanche, le gagnant d'un concours dramatique à Radio-Canada est Joseph Antaki, dont la pièce Nabila mettra en scène trois arabes et deux juifs. La réalisatrice de Radio-Canada chargée de porter la pièce à l'écran a trouvé les comédiens dans des théâtres amateurs. Encore faut-il avoir le réflexe d'aller fouiner. Encore faut-il avoir un scénario.

La série Jasmine présentée l'an dernier à TVA a provoqué de nombreuses réactions, montrant bien par là qu'il ne suffit pas de faire appel à des comédiens issus des communautés culturelles pour contenter son monde.


Source : Paule Des Rivières, « Téléromans, noir et blanc », Le Devoir, 18 février 1997. (Reproduit avec permission)


 

 

 
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