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TEXTE D'OPINION


Le mythe de la femme à la télé : de sous-fifre à superfemme

Rédigé par Shawn Doherty et Nadine Joseph

Depuis June Cleaver qui lavait les planchers jusqu'à Murphy Brown qui était devenue plus populaire que le programme du politicien Dan Quayle, tu en as fait du chemin, ma belle ! Depuis les années 60, les femmes que l'on voit à la télé sont sorties de leur cuisine et sont entrées dans les salles de conseil, les tribunaux et les salles de presse. Les enfants s'en aperçoivent aussi. Selon le sondage national récent mené par Children Now, la plupart des filles pensent qu'il y a suffisamment de modèles de comportement féminins présentés à la télé pendant les heures de grande écoute. En ce qui a trait aux jeunes filles, elles ont raison. La télé présente à peu près le même nombre de jeunes personnages masculins et féminins et, pour la plupart d'entre eux, il n'existe pas de grandes différences dans la représentation de leurs motivations et comportements ; cependant, les filles ont davantage tendance à exprimer de l'affection, et les garçons, de l'agressivité.

Aujourd'hui, les modèles de comportement attribués aux personnages de femmes au petit écran se sont aussi améliorés. Les femmes reçoivent le meilleur salaire et la meilleure promotion, et ce sont elles qui donnent la meilleure réplique. Mais il manque un élément essentiel : la réalité.

La plupart des personnages féminins n'affrontent presque jamais les situations de la vie réelle qui causent les plus grands ennuis aux femmes qui travaillent : la garde des enfants, la discrimination dans l'emploi, le harcèlement sexuel ou... le simple manque d'argent. Le professeur Aletha Huston, directrice du Center for Research on the Influence of Television on Children, affirme que les femmes représentées à la télévision sont loin de la vie réelle.

Les femmes adultes sont également trop peu nombreuses à la télévision. Pendant les heures de grande écoute, on voit encore trois fois plus d'hommes que de femmes. Les personnages masculins mènent presque toujours l'action. Selon des analyses du contenu, la plupart des autres femmes apparaissant à la télévision sont plus jeunes et plus attirantes que les hommes, elles sont blondes ou rousses, elles sont maternelles et elles sont souvent des victimes. Le samedi matin, les choses vont encore plus mal pour les femmes. Dans les émissions de télévision spécialement conçues pour les enfants, les femmes représentent seulement 23 p. 100 des personnages - et un pourcentage beaucoup plus bas des personnages principaux.

Selon la présentatrice de nouvelles à ABC, Carole Simpson, dans les dessins animés, les femmes jouent toutes des rôles de sous-fifres et il n'y a aucun doute sur la personne qui commande. De plus, les femmes sont stéréotypées : on y trouve invariablement une jeune schtroumpfette blonde et trop aimante ou une « Power Ranger » obligatoirement vêtue de rose. Katharine Heintz-Knowles, professeure adjointe en communications à l'université de Washington et auteure d'une étude pilote sur ce sujet, affirme que les personnages féminins de ces émissions sont soit conçus à la hâte, soit ajoutés après coup.

Certains cadres de Hollywood reconnaissent que les personnages féminins dans les dessins animés représentent une espèce en voie de disparition. Andy Heyward, président de DIC Entertainment, souligne que le renforcement de l'autonomie des femmes constitue un thème magnifique qui n'est absolument pas exploité dans les dessins animés américains.

Cet automne, celui-ci présentera à la télévision américaine une série de dessins animés japonais intitulée Sailor Moon, dont le principal personnage est une élève du premier cycle du secondaire, blonde, maladroite et ayant de longues jambes, qui se transforme en une héroïne ayant des pouvoirs extraordinaires. Pourquoi ne trouve-t-on pas davantage de Sailor Moon ? La plupart des cadres prétendent que les filles regardent les émissions conçues pour des garçons, mais que l'inverse ne se produit pas.

Il se peut que les filles regardent ces émissions. Mais au fur et à mesure qu'elles vieillissent et qu'elles acquièrent du jugement, cette expérience les satisfait de moins en moins. Le récent sondage mené par Children Now révèle que les filles sont beaucoup moins contentes que la plupart des enfants des modèles de comportement qu'elles voient à la télévision. Selon Julie Sohn, âgée de 15 ans, voir toutes ces filles blondes, ravissantes et idiotes vous dégoûte de la télé. Le résultat ? Les adolescentes décrochent : elles écoutent deux fois moins la télévision que les autres enfants, en partie à cause de l'énorme barrage de sexe - 14 000 allusions sexuelles contre 150 mentions d'abstinence dans les téléromans, les émissions diffusées aux heures de grande écoute, les messages publicitaires et même les bandes vidéo.

Celles qui continuent de regarder la télé sont profondément influencées - souvent par les images stéréotypées de ces objets du désir masculin qui sont toujours d'une grande beauté, d'une minceur obsessive et insuffisamment vêtus. De plus, les études indiquent que les filles qui regardent beaucoup la télévision ont les opinions les plus défavorables à l'égard de leur sexe.

Même les filles d'âge préscolaire souffrent des stéréotypes sexuels véhiculés à la télévision. Les émissions remplies d'action destinées aux enfants plus jeunes comportent le plus petit nombre de personnages féminins - un sur quatre - les filles y étant moins agressives et combatives que les garçons, sauf en ce qui a trait aux méchantes sorcières. Ces émissions peuvent influencer les filles et détériorer leur confiance en soi.

Une étude menée auprès de filles âgées de 3 à 10 ans révèle que celles qui regardent le plus la télévision sont les plus susceptibles de vouloir devenir ménagères et infirmières. Les résultats d'une autre étude indiquent que les filles âgées de 3 à 6 ans pensent que les hommes ont plus d'ambition et que les femmes sont plus heureuses lorsqu'elles élèvent des enfants.

Toutefois, les rares émissions de télévision où l'on brisait les stéréotypes sexuels furent un succès. Après avoir regardé une série télévisée produite par la PBS et intitulée Freestyle, dans laquelle les filles et les garçons tenaient des rôles non traditionnels, les enfants ont fait preuve d'une plus grande tolérance à l'égard des garçons qui occupent un poste d'aide, des filles qui dirigent et des filles qui accomplissent des tâches mécaniques.

Mais il s'agit là d'expériences rares. Jusqu'à maintenant, les quelques nouveaux personnages féminins qui sont apparus dans les émissions du samedi matin ont eu peu d'effet. Dans une enquête récente, les filles d'âge scolaire ont eu de la difficulté à nommer plus de trois héroïnes féminines. Marilyn Monroe, morte il y a 30 ans ; Wonder Woman, à cause du scintillement de sa robe et Julia « mais je ne pourrais jamais lui ressembler » Roberts. Donc, même si les choses évoluent, comme le souligne le professeur Heintz-Knowles, trop souvent notre petit écran nous envoie le message que les filles sont dévalorisées dans notre culture.


Source : Rédigé par Shawn Doherty et Nadine Joseph. Reproduction d'un extrait du rapport de la conférence de 1995 sur les enfants et les médias, parrainée par Children Now et coparrainée par l'université de Stanford et par l'UCLA Center for Communication Policy. Reproduit avec la permission des responsables de Children Now.

 

 

 
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